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Gabon : les séropositifs en danger

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Alors que plus d’1 milliard de francs CFA s’évapore dans la nature chaque année autour du PNLS, un manque de budget occasionne actuellement une rupture de stocks en anti-rétroviraux. Ce qui a contraint le Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Libreville à publier une note d’information inquiétante.

La situation met près de 40.000 séropositifs en désarroi sinon en danger de mort, d’ici à fin mars. La légèreté des gouvernants, la surfacturation, l’appétence du lucre et du péculat sont passées par là, informe le journal Gabonreview.com.

Si le budget annuel arrêté pour l’achat des anti-rétroviraux se chiffe au Gabon à 3,4 milliards de francs CFA, le Programme national de lutte contre le Sida (PNLS) ne s’est vu affecter que de 900 millions de francs en 2018. Ce qui marque soit la déliquescence économique du Gabon, soit le désintérêt pour la catégorie sociale concernée. En septembre dernier, selon des sources proches du dossier, le gouvernement devait débloquer une autre tranche de ce budget, mais rien n’a été fait. Résultat des courses : le Centre de traitement ambulatoire (CTA) de Libreville a commis une note d’information à l’adresse des PVVIH (personnes vivant avec le VIH) annonçant la rupture des molécules TDF-3TC et ABC-3TC utilisées pour le traitement du VIH-Sida, rapporte notre source.

Déjà, le 28 février dernier, au cours d’une conférence de presse portant sur la campagne internationale de la conférence de restitution des fonds du Global fund et l’augmentation des ressources  domestiques sur la santé au Gabon, Guy René Mombo Lembomba, le coordonnateur de la plateforme Global fund advocates network (GFAN), a alerté l’opinion sur «la possible rupture d’antirétroviraux les semaines prochaines dans les services de prise en charge de notre pays». À en croire certaines indiscrétions, la pénurie pourrait durer «6 mois». Même si Guy René Mombo Lembomba parle, lui, de deux mois, de nombreuses sources estiment que si rien n’est fait d’ici à la fin du mois de mars, la catastrophe sanitaire serait inévitable.

En 2016, une situation du genre s’était déjà produite ayant obligé l’Etat gabonais à solliciter de nombreuses ambassades de pays étrangers pour un ravitaillement d’urgence en médicaments concernés. L’intervention de quelques ONG américaines avait permis une résolution du problème. Selon une source du ministère gabonais de la Santé, les médicaments en question doivent être commandés à l’avance et les choses sont normalement plus simples par l’entremise du Programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA). Mais, brandissant le principe de souveraineté nationale, le Gabon a préféré s’occuper lui-même de son ravitaillement en anti-rétroviraux. Toutes choses qui sont à l’origine des couacs enregistrés avec les fabricants Indiens, principaux fournisseurs du pays.

Dans les milieux concernés, nombreux sont ceux qui soupçonnent de la surfacturation et du détournement de fonds publics autour du PNLS. On estime, en effet, abusif les 3,4 milliards de budget annuel arrêté par le Gabon ; ce qui reviendrait à 154 $ par personne alors que le ratio est de 100 $ par malade pour les autres pays. Pour un pays ayant officiellement 38.000 personnes vivant avec le VIH, plus d’un milliard de francs CFA se volatiliserait donc ainsi dans la nature, selon notre source.

En tout cas, la situation actuelle met en danger la vie des séropositifs recourant aux Centres de traitement ambulatoire (CTA). En effet, si le traitement est entièrement gratuit pour ces malades, son arrêt temporaire met leur vie en danger, d’autant plus que la maladie est à ce jour incurable. Selon les blouses blanches, le traitement doit être pris tous les jours sans interruption afin que les malades puissent vivre mieux et plus longtemps. En cas d’arrêt du traitement, il y a des risques d’infections dites opportunistes, «une augmentation de la charge virale et une diminution du nombre de lymphocytes». De même, assurent-elles, l’interruption du traitement peut avoir pour conséquence le «phénomène de résistance médicamenteuse». Toute chose qui devrait amener le ministère de la Santé à se pencher d’urgence sur cette question.

Si la note d’information du PNLS est blâmable en ceci qu’elle pourrait créer la panique auprès des PVVIH, le ministre de la Santé, Denise Mekam’ne Edzidzi, devrait s’expliquer sur la situation et sans doute justifier la surfacturation relevée par des sources concordantes proches du dossier. Dans un pays fonctionnant normalement, elle devrait même démissionner.

 

Et si le Samu social se penchait également sur le cas des séropositifs ?

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